La Neuville en Hez:

terre d'histoires, terre d'Histoire


          En 1982, Germain Montier, historien et érudit neuvillois, bien connu des anciens de notre village, organisa une conférence sur l'histoire de La Neuville en hez. Ce remarquable travail fut ensuite publié dans le bulletin municipal.

 

Aussi, mon but n'est pas de diffuser à nouveau ce texte pourtant bien complet. J'ai retrouvé dans les archives de la commune, quelques documents laissés par Germain Montier, dont un texte non daté sur l'histoire de La Neuville en hez.

 

Est-ce un document trouvé par lui qui servira d'étude pour ses travaux ? Je ne sais pas répondre à cette question. Néanmoins, il m'a semblé intéressant de le porter à la connaissance  des neuvillois et des personnes intéressés par l'histoire de notre village, ne serait-ce que par respect pour cet homme qui donna beaucoup de son temps pour comprendre les petites histoires qui ont écrit l'Histoire de La Neuville en Hez.

Ce texte (concernant le village, le château, Saint Louis et la forêt) est diffusé dans son état d'origine. Peut-être y trouverez-vous des petites erreurs historiques, de dates, de lieux. Mais il fallait, comme je l'ai toujours fait, respecter le travail accompli, condition indiscutable de l'objectivité, quitte à en discuter plus tard. Les échanges, la passion font le reste.

 


Fondation du village

          Nova Villa en 1187, Nove Villa Comitis, Nove Villa in Hétio, Nove Villa in Heiz, Ville novae en Hés, La Neuville, le Neuville-en-Hès, Villeneuve-en-Heis ... et aujourd'hui La Neuville en Hez, est une localité fondée au Moyen-Âge comme toutes celles appelées La Neuville ou Villeneuve.

 

Lorsque le roi ou le seigneur voulait créer un nouveau centre de population, , il faisait partout publier que ceux qui viendraient habiter le nouveau village, seraient exempts de taille, jouiraient d'un droit d'usage dans la forêt voisine et de beaucoup d'autres privilèges alléchants.

Les malheureux paysans, taillables et corvéables, à la merci de leur seigneur et attirés par de si beaux droits, accouraient de toutes parts et le village était ainsi fondé. 

 

Jusqu'à la fin du XIIIème siècle, la forêt de Hez, inhabitée, fut comprise dans la paroisee de Courlieu. En 1187, Raoul Comte de Clermont et Connétable de France, qui avait probablement établi en cet endroit un rendez-vous de chasse, résolut d'y créer un village. Il fit savoir que:

 

     - les habitants seraient exempts de toute taille, ils ne paieraient par habitation qu'un cens de 2 mines, 2 chapons et 6 demiers de monnaie beauvoisienne, ils auraient l'usage du bois mort dans la forêt de Hez.

 

 Une partie du bois voisin appartenait au chapitre de Beauvais. Le Comte, sans s'en préoccuper, le défricha et le concéda à ses sujets de La Neuville en Hez (mais sur son lit de mort, à Saint Jean d'Acre en 1191, il ordonna de réparer le dommage causer par lui aux Chanoines).

 

 

Des privilèges sans cesse confirmés

 

Les habitants jouissaient, en vertu des Chartes de leur Comte, de nombreux privilèges:

 

Ainsi, ils ne pouvaient être arrêtés pour dettes en la ville de Beauvais, et, s'il arrivait que l'un d'eux fût, malgré cette franchise, mis en prison dans cette ville,  le Comte de Clermont devait requérir sa mise en liberté, et, en cas de refus, tous les beauvaisiens passant par le Comté étaient faits et demeuraient prisonniers jusqu'à la délivrance du sujet du Comte.

 

Les habitants de Rieux, près de Grandvilliers, compris dans la prévôté de La Neuville en Hez, jouissaient d'un privilège analogue. Ils réclamèrent aussi l'exemption du service militaire, prétention qui fût refusée en 1272 par un arrêté du Parlement aux habitants de La Neuville en hez.

De même, en 1315, le Comte Louis (fils de Raoul de Clermont), ayant levé une aide sur tous ses sujets pour la guerre de Flandres, les habitants réclamèrent contre cette dérogation à la Charte de 1187 qui les exemptait de tous droits autres que ceux y mentionnés et obtinrent du Comte les lettres de non-préjudice.

 

Le dénombrement de 1373 nous fournit de nombreux renseignements sur les droits et redevances des habitants de La neuville en Hez:

 

     - ils étaient obligés de cuire au four du Comte, et le fournier percevait un pain de fournage pou vingt pains; le bois nécessaire au four était pris dans la fôrét. Si quelqu'un ne payait pas la rente annuelle due pour sa maison, le Prévôt pouvait prendre gage et faire vendre ce gage le mardi jour du marché du village, 

     - pour coups sans sang et sans plaie, on payait 5 sous d'amende; s'il y avait sang et plaie, c'était 60 sous.    

 

Les droits d'usage dans la fôret n'étaient pas certes le privilège le moins apprécié:

 

     - les habitants pouvaient prendre , sans le couper à la scie, tout bois sec et tout bois vert rompu et arraché; ils pouvaient avoir le bois et les pieux pour clore leurs maisons et les épines pour les haies; après la Saint Rémi, ils avaient droit de cueillir tous les fruits dans la fôrét à l'exception des glands et des frênes.

 

Les forestiers du Comté voyaient d'un mauvais oeil ces droits d'usage et s'efforçaient de les restreindre, mais les habitants furent maintenus dans leurs privilèges par sentences de la Justice de Clermont. La redevence, primitivement fixée en 1187 à 2 mines d'avoines, 2 chapons et 6 deniers, gênait fort les sujets du comte parce que leur territoire ne produisait guère de grains. Aussi fut-elle convertie en une somme de 8 sous parisis à payer à Noël par chaque habitant.

 

Malgré tous ces beaux droits, le village était loin d'être prospère au XVème siècle. Pendant toutes les guerres de cette époque, le voisinage du chateau avait été une cause d'incendies et de pillages tellement que la paroisse était grandement appauvrie et diminuée d'habitants et de chevaux. En 1468, Louis XI était à Compiègne. Des habitants de la neuville en hez s'y transportèrent et lui exposèrent le piteux état de leur village. Ils remontrèrent que leur paroisse était située en forêt et pays fort infertile, où il ne croissait que bien peu de grains, et enfin, rappelant une tradition qui s'était perpétuée dans le bourg, ils firent valoir que La Neuville en hez était le lieu de naissance se Saint Louis.

 

Louis XI, touché par ces diverses raisons et surtout par la dernière, accorda à la paroisse la franchise de toute imposition pendant six années. Cette exemption fut renouvelée pour un an en 1475, à la prière du Duc de Bourbon.

An 1601, Henri IV confirma les droits d'usage et pâturage sans lesquels les habitants déclaraient ne pouvoir subsister. Les bêtes, aumailles, chevalines et autres, avaient en effet le droit au pâturage dans les marais sis au bas de la forêt, appelés les communes de Bresles, La Rue Saint Pierre et La Neuville en Hez.

 

Au XVIIIème siècle, la communauté des habitants payait au Comteengagiste de Clermont 80 livres pour droit de cens sur les habitations. Cette redevance fut réduite en 1752 à 56 livres et le droit de fournage de 2 sous 6 deniers par ménage fut fixé à 14 livres. Depuis l'ordonnance de réformation de la forêt en 1664,  les habitants ne jouissaient plus que du droit de ramasser le bois mort gisant pour leur chauffage.

Pour remplacer les autres usages qui exposaient la forêt à des dégradations continuelles, on donna en toute propriété à la communauté 100 arpents de taillis à proximité du village.

 

Le quart de ce bois fut mis en réserve en 1740 et le surplus réglé en coupes ordinaires à l'âge de 25 ans. De nos jours, chaque maison reçoit, chaque année, une part affouragère de taillis. Il existe toujours un quart de futaie en réserve et le reste est divisé en 20 coupes. Le bois communal contient alors 51 hectares et 54 ares.